BARRE (M. S.)


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BARRE (M. S.)

Mohamed Siyad BARRE 1919-1995

Le dictateur somalien Mohamed Siyad Barre fit rédiger une biographie officielle qui fut largement distribuée au début des années 1970. Celle-ci occulte des détails importants comme sa probable participation à l’aventure fasciste des années 1930 ou son attitude durant la croissance du mouvement nationaliste dans les années 1950. Elle a fait l’objet de contestations avant la guerre civile de 1990-1991.

Selon la version officielle, Mohamed Siyad Barre serait né en 1919 à Garbahare, dans la province de Gedo, dans le sud de la Somalie, région où il aide son clan à se sédentariser dans les quinze dernières années de son règne. Pour d’autres, il serait né en 1911 ou 1912, sur la frontière éthiopienne, à Shilabo dans le centre de la Somalie. Son père appartenait au lignage Reer Koshin-Ugass Dini-Mareehaan et sa mère au lignage Gu Maadle-Makahiil-Ogadeen: il gardera d’ailleurs toute sa vie des liens très forts avec ce dernier clan. Ses parents vivaient dans une zone peuplée de Majeerteen et de Dulbahante.

Il entre dans les auxiliaires de la police coloniale italienne au début des années 1930; sa participation à la guerre fasciste n’est pas avérée, bien que probable; il rejoint le corps de gendarmerie établie par les Britanniques en 1941. Il est le premier Somalien nommé à la tête d’une brigade de gendarmerie dans le Haut-Juba et devient à cette occasion un notable important de son clan. Durant cette période, il voyage beaucoup à l’intérieur du pays et acquiert sans doute cette connaissance aiguë des terroirs qui lui sera si utile lorsque, arrivé au pouvoir, il devra jouer des contradictions au sein des clans pour régner sans problème.

En 1950, lorsque la Somalie revient sous l’autorité italienne, Siyad Barre est déjà inspecteur-chef de la police. Il fait partie des six premiers Somaliens promus officiers et envoyés en formation en 1954-1955 à l’Académie des carabiniers à Florence, dont il revient colonel de police. Il devient ensuite responsable de la police de la région de Benaadir jusqu’à la veille de l’indépendance. En 1960, il opte pour l’armée mais, mal noté lors de son stage à l’étranger, il ne sera que le numéro deux. À la mort de son supérieur, en 1965, il est nommé commandant en chef de l’armée. Rien ne paraît alors le destiner à un grand rôle: il est perçu comme corrompu, certes expert en histoire traditionnelle et brillant orateur, mais surtout comme un vieil officier colonial sans avenir. La suite va démontrer le caractère illusoire d’un tel jugement.

À partir du coup d’État de 1969, sa vie se confond avec celle de l’État somalien. Son poste lui a permis d’acquérir une connaissance très fine de l’armée et de la police: il sait en user pour déjouer une tentative de coup d’État en février 1978, au sortir de la défaite dans la guerre de l’Ogaden. Un accident de voiture en 1986 ne l’empêche pas de reprendre la direction de son clan et de ses affidés. La privatisation et la clanisation de l’État vont bon train durant ces années: les oppositions politiques puis militaires sont réprimées dans le sang dans le Nord-Ouest, mais aussi à Mogadiscio.

Le soulèvement de la capitale le 30 décembre 1990 ne l’incite pas à abandonner le pouvoir: il se bat pendant plusieurs semaines avant de quitter la capitale, le 26 janvier 1991, et de se réfugier à Kismayo. À partir de ce moment débute l’une des périodes les plus sombres de l’histoire somalienne: le pays est déchiré par les combats que mènent ses partisans dans des offensives toujours brisées aux portes de la capitale et par le pillage endémique. Siyad Barre doit finalement accepter la défaite et l’exil en avril 1992: il laisse son pays exsangue, son clan meurtri et s’installe comme exilé politique à Lagos.

Si son nom est encore un peu diabolisé dans certaines régions de Somalie, les horreurs de la guerre civile commises par toutes les factions et la nécessité de reprendre le débat expliquent pourquoi sa mort, le 2 janvier 1995 au Nigeria, ne provoque pas de grandes manifestations de joie ou de recueillement.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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